On a presque toutes eu ça, un jour : un journal intime, avec une couverture toute simple et parfois un petit cadenas doré, ridicule mais essentiel. On y racontait nos journées, nos peines de cœur, tout ce qu'on n'osait dire à personne. Je me souviens du mien, des pages froissées à force d'être relues. Ce carnet-là, on ne l'a pas gardé pour ce qu'il disait. On l'a gardé pour ce qu'il nous a appris, sans qu'on le sache encore vraiment : que poser ses pensées quelque part nous rendait un peu plus légères. Et je crois que c'est resté vrai, encore aujourd'hui.
Un endroit où tout peut se dire
On garde tellement de choses en tête, dans une journée. Les tâches, les inquiétudes, les phrases qu'on n'a pas dites. On écrit sans se poser de questions, parce que le carnet ne juge pas, et ne demande rien en retour. On y écrit ce qu'on n'ose dire ailleurs.
Je crois que c'est là, la première raison. Le bonheur, parfois, ce n'est pas d'ajouter quelque chose : c'est d'enlever un peu de poids. Écrire fait exactement ça.
Pas besoin de bien écrire pour que ça marche
Longtemps, j'ai cru qu'il fallait de belles phrases pour que ça compte, un peu comme ces pages de magazines toujours parfaites. Et puis j'ai compris que ça n'avait aucune importance. Trois lignes griffonnées un soir de fatigue font autant de bien qu'une page bien écrite comme celles qu'on admire en kiosque.
C'est peut-être pour ça que ce rituel tient dans le temps, contrairement à tant d'autres bonnes résolutions. On ne se met pas la pression de bien faire. On écrit, et cette petite victoire suffit à elle seule à colorer un peu la journée.
Le carnet qu'on a envie de rouvrir
On n'ouvre pas deux fois un carnet qui ne nous ressemble pas. Petite déjà, on choisissait sa couverture avec un soin presque disproportionné. Je le vois encore dans mon atelier, à chaque nouvelle illustration que je peins : ce sont toujours les motifs les plus habités, les plus vivants, qui finissent remplis jusqu'à la dernière page.
Un carnet qu'on aime regarder, c'est un carnet qu'on n'oublie pas sur une étagère. C'est tout bête, mais c'est peut-être la moitié du travail pour tenir cette habitude, et pour en garder le plaisir intact.
Et si ce petit rituel se partageait
Ce que j'aime le plus, c'est quand ce rituel dépasse le cercle de l'intime. Offrir un carnet à quelqu'un qui traverse une période dense, c'est un peu lui offrir un endroit où souffler, et peut être un peu de cette légèreté qu'on y trouve soi même.
Ce qu'on cherchait déjà à quinze ans, on le cherche encore aujourd'hui : un endroit où se sentir un peu mieux.
Si vous cherchez le vôtre, celui qui vous donnera envie de l'ouvrir chaque soir, il est peut-être parmi nos carnets peints à la main.
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